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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 23:37

INTRODUCTION AU THÈME DE L’ANNÉE 2018

Ta main droite, Seigneur, éclatante de puissance
(Ex 15,6)

La région des Caraïbes

La région des Caraïbes que nous connaissons aujourd’hui – et dont l’appellation provient du nom d'un de ses peuples autochtones, le peuple Kalinago autrefois dénommé ‘Caribes’ – est une réalité complexe. Très étendue géographiquement, cette région comprend des territoires insulaires et continentaux où se côtoient un ensemble riche et varié de traditions ethniques, linguistiques et religieuses. C'est aussi une réalité politique composite formée d’un large éventail de systèmes gouvernementaux et constitutionnels, allant des dépendances coloniales (britanniques, hollandaises, françaises et américaines) aux états-nations républicains.

Les Caraïbes contemporaines ont été profondément marquées par le projet déshumanisant de l'exploitation coloniale. Dans la recherche agressive de gains marchands, les colonisateurs instaurèrent des systèmes violents fondés sur le commerce des êtres humains et les travaux forcés. Initialement, ces pratiques asservirent et décimèrent la population et, dans certains cas, exterminèrent les peuples autochtones de la région. Ensuite, ce fut le début de l'esclavage des Africains et le travail forcé de populations originaires de l'Inde et de la Chine.

À chaque étape, les systèmes institués par les colonisateurs tentaient de dépouiller les personnes asservies de leurs droits inaliénables : leur identité, leur dignité humaine, leur liberté et leur auto-détermination. L'esclavage des Africains ne se limitait pas seulement au déplacement des travailleurs d'un endroit à un autre. Offensant la dignité humaine donnée par Dieu, on traita comme une marchandise l’être humain, une personne pouvant devenir la propriété d'une autre. L'esclave étant conçu comme un bien, d’autres usages apparurent qui tentèrent de déshumaniser plus encore les Africains, notamment en leur refusant le droit à leurs pratiques culturelles et religieuses, au mariage et à la vie familiale.

Malheureusement, pendant cinq cents ans de colonialisme et d'esclavage, l'activité missionnaire chrétienne dans la région, à l'exception de quelques exemples remarquables, fut étroitement liée à ce système déshumanisant et, de diverses manières, alla même jusqu’à le rationaliser et à le renforcer. Alors que ceux qui apportaient la Bible dans cette région utilisaient les Écritures pour justifier l’asservissement auquel ils soumettaient tout un peuple, dans les mains des esclaves elle devint une source d’inspiration, avec l’assurance que Dieu était de leur côté et qu’il les conduirait vers la liberté.

Le thème de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens 2018

Aujourd'hui, les chrétiens de nombreuses traditions différentes voient dans la fin de l'esclavage l’action de la main de Dieu. Pour eux, il s’agit d’une expérience commune de l'action salvatrice de Dieu qui apporte la liberté. C'est pourquoi le choix du chant de Moïse et de Miryam (Ex 15,1-21) comme thème de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens 2018 a été considéré comme le plus approprié. C'est un chant de triomphe sur l'oppression. Ce thème a été repris dans l’hymne « La main droite de Dieu », écrit lors d’un travail de groupe de la Conférence des Églises des Caraïbes en août 1981, qui est devenu l’« hymne » du mouvement œcuménique dans la région et a été traduit en de nombreuses langues.

Comme les fils d’Israël, les peuples des Caraïbes ont un chant de victoire et de liberté à chanter, et ce chant les unit. Cependant, les défis contemporains constituent encore une menace d'asservissement et mettent de nouveau en péril la dignité de la personne humaine créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. Si la dignité humaine est inaliénable, elle est souvent masquée par le péché individuel et le mal qu’engendrent nos structures sociales. Dans notre monde déchu, la justice et la compassion qui honorent la dignité humaine font trop souvent défaut dans nos relations sociales. La pauvreté, la violence, l'injustice, la dépendance à la drogue et à la pornographie, la douleur, la détresse et l'angoisse qui en découlent sont des expériences qui portent atteinte à la dignité humaine.

Beaucoup de défis contemporains sont eux-mêmes l'héritage d'un passé colonial et du commerce des esclaves. Les blessures du psychisme collectif se manifestent aujourd'hui dans les problèmes sociaux liés à la faible estime de soi, à la brutalité des gangs et aux violences domestiques ainsi qu’à la détérioration des relations familiales. Bien qu’elles proviennent du passé, ces questions sont également exacerbées par la réalité contemporaine que beaucoup qualifieraient de néo-colonialisme. Dans les circonstances actuelles, il semble presque impossible pour beaucoup de nations de cette région de sortir de la pauvreté et de l’endettement. En outre, un grand nombre d’entre elles conservent encore dans leur cadre législatif des dispositions qui continuent d’être discriminatoires.

La main droite de Dieu, qui a fait sortir son peuple de l'esclavage, n’a cessé de donner espoir et courage aux fils d’Israël, comme elle continue de le faire avec les chrétiens des Caraïbes. Ils ne sont pas victimes des circonstances. En témoignant de cette espérance commune, les Églises travaillent ensemble au service de tous les peuples de la région, particulièrement des plus vulnérables et de ceux que l’on oublie. Comme le chante cet hymne, « la main de Dieu sème sur la terre la paix, l’espoir, la liberté ».

Réflexion biblique et pastorale sur le texte (Ex 15,1-21)

Le Livre de l'Exode nous fait découvrir trois périodes : la vie des fils d’Israël en Égypte (1,1-15,21) ; le voyage des fils d’Israël dans le désert (15,22-18,27) ; et l'expérience du Sinaï (19-40). Le passage choisi, le Cantique de Moïse et Miryam, détaille les événements qui conduiront à la libération de l'esclavage du peuple de Dieu. Il conclut la première période.

« C'est lui mon Dieu, je le louerai » (15,2)

Les versets 1 à 3 du chapitre 15 mettent l’accent sur la louange de Dieu : « Ma force et mon chant, c’est le Seigneur. Il a été pour moi le salut. C'est lui mon Dieu, je le louerai ; le Dieu de mon père, je l'exalterai »(15,2). Dans ce chant, dirigé par Moïse et Myriam, les fils d’Israël chantent les louanges du Dieu qui les a libérés. Ils réalisent que le plan et l’objectif de Dieu de libérer son peuple ne peuvent être ni contrariés, ni entravés. Aucune force, pas même les chars de Pharaon, son armée ou sa puissance militaire bien entraînée, ne peuvent faire échouer la volonté de Dieu qui est de libérer son peuple (15,4-5). Dans ce cri joyeux de louange, nous, chrétiens de différentes traditions, reconnaissons que Dieu est notre Sauveur à tous ; nous exultons car il a tenu ses promesses et continue de nous apporter son salut par l'Esprit Saint. Dans le salut qu'il nous offre, nous reconnaissons qu'il est notre Dieu et que nous sommes tous son peuple.

« Ta main droite, Seigneur, éclatante de puissance » (15,6)

La libération et le salut du peuple de Dieu adviennent par la puissance divine. On peut voir dans la main droite de Dieu à la fois la victoire assurée de Dieu sur ses adversaires et la protection infaillible qu’il étend sur son propre peuple. Malgré la détermination de Pharaon, Dieu a entendu les lamentations de son peuple, ce peuple qu’il ne laissera pas périr car il est le Dieu de la vie. En contrôlant le vent et la mer, Dieu montre sa volonté de préserver la vie et de détruire la violence (Ex 15,10). En sauvant les fils d’Israël, Dieu en a fait un peuple de louange reconnaissant son amour inébranlable.

Pour son peuple, cette libération constitue une espérance et une promesse. C’est une espérance car un jour nouveau s’est levé, qui donne à ses membres d’adorer librement leur Dieu et de vivre en plénitude. C'est aussi une promesse : leur Dieu les accompagnera tout au long du chemin et aucune force ne pourra contrecarrer son dessein pour eux.

Dieu utilise-t-il la violence pour combattre la violence ?

Certains Pères de l'Église ont interprété ce récit comme une métaphore de la vie spirituelle. Augustin, par exemple, identifie dans l'ennemi qui est jeté à la mer non pas les Égyptiens, mais le péché.

En effet, tous nos péchés passés qui pesaient sur nos épaules, il les a engloutis et effacés dans le baptême. Ces esprits impurs gouvernaient nos ténèbres comme leurs montures, et comme des cavaliers, ils les poussaient là où ils voulaient. C'est pourquoi l'apôtre les appelle « les maîtres des ténèbres ». Nous avons été débarrassés de tout cela par le baptême, comme si nous avions traversé la mer Rouge, rouge du sang sanctificateur du Seigneur crucifié... (Sermon 223E).

Dans ce récit, Augustin voit pour le chrétien un encouragement à espérer et à persévérer, plutôt qu’à désespérer et à poursuivre l'ennemi. Pour lui, le baptême est l'événement constitutif déterminant permettant l'établissement de la véritable identité de chaque personne en tant que membre du Corps du Christ. Il établit un parallèle entre le passage libérateur des fils d'Israël à travers la Mer Rouge et celui du peuple chrétien au moment du baptême. Ces deux démarches libératrices donnent à l’assemblée des croyants de se constituer. En tant que tel, Israël peut librement louer la main salvatrice de Dieu dans le chant victorieux de Miryam et de Moïse. Leur salut établit les fils d’Israël asservis comme les membres de l’unique peuple de Dieu, unis dans un même chant de louange.

Unité

Le passage d’Exode 15 nous montre comment le chemin de l'unité doit souvent passer par l’expérience communautaire de la souffrance. La libération des fils d’Israël de l'esclavage est l'événement fondateur dans la constitution de ce peuple. Pour les chrétiens, ce processus atteint son point culminant dans l'incarnation et le mystère pascal. Bien que Dieu seul soit à l’origine de la libération/du salut, il veut que les réalités humaines soient engagées dans la réalisation de son objectif et de son plan de salut pour son peuple. Dans le baptême, les chrétiens ont part au ministère de réconciliation de Dieu, mais leurs propres divisions entravent leur témoignage et leur mission dans un monde qui a tant besoin de la guérison de Dieu.

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Published by Mapuanga terai - dans Aòraa
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